Témoignage de ma maladie :
Ma maladie a commencé à l’âge
de 39 ans, à l’issue d’une conjonction
de déboires :
Sur le plan affectif et sexuel je rencontrais beaucoup
de frustrations bien que marié. Le démon
de midi me poussait à réaliser mes désirs
avec empressement. Mes désirs restèrent inassouvis.
Sur le plan professionnel, mon travail intéressant
au demeurant me plongeait dans la perplexité et
dans l’ambivalence car je ne ressentais pas l’utilité de
ce que je faisais et mon travail ne me semblait pas apprécié.
Sur le plan de « la réalisation de soi »,
je me suis embarqué, sans retenue, dans une association
avec pour mission de fournir des médicaments de
base et d’urgence à un village africain. Ce
faisant je m’illusionnais de « donner
un sens à ma vie », d’enfin être
utile ! J’ai essuyé également
de cruelles désillusions en découvrant la
réalité humaine.
A l’issue du troisième voyage
au Sahel, je ressentais une violente douleur au bas du
dos. Je suis resté de nombreuses semaines en souffrance
et sans pouvoir marcher. Les médicaments restèrent
sans effet. Puis après le diagnostic de « dépression
masquée » j’entamais un long périple
hospitalier, jusqu’à qu’en fenêtre
thérapeutique (c'est-à-dire sans soins )
je fus pris de violentes douleurs aux bras et à la
tête (paresthésie) et lors d’un raptus
consécutif (acte brusque de délivrance)
je créais un effroyable accident de voiture qui
se solda par une victime et je fus interné dans
un CHS. J’en sorti avec un non lieu, je refis une
tentative de suicide, puis j’ai obtenu de retrouver
mon travail où j’échappais de justesse à une
mise en invalidité.
Ma dépression a duré deux
ans en phase aigue (14 hospitalisations), puis treize années
en phase chronique bien atténuée par les
traitements médicamenteux notamment.
Vu d’aujourd’hui, je la considère comme
le point culminant d’une mauvaise représentation
de la vie.
Portrait type du grand dépressif que
j'étais :
- Hypersensible de caractère
- Hyperaffectif (hyperémotif)
- Sautes d’humeur importantes
- Manque d’amour-propre et de confiance ne soi
- Altruiste démesuré
- Grand idéaliste, même s’il s’en cache
- Négativiste généralisé sur lui-même et
sur la vie.
- Obéit inconsciemment à un système rigide et exigeant.
- Ne supporte pas l’échec ni le rejet
Comment guérir de tout ça
sans faire sa remise en cause ?
Témoignage de ma guérison :
Mon parcours personnel de guérison fut le
suivant :
au départ uniquement médicamenteux, car les
douleurs étaient importantes.
Puis, successivement et de façon inattendue :
- Soulagement par l’écriture
- Découverte des principes fondamentaux des « saines
règles de vie » par des auteurs et notamment
Jalenques, avec qui le courant passa et qui me donna l’envie
d’ « extraire mes névroses »,
en les vomissant.
- Découverte de la réalité de l’amour.
L’amour est libre. Texte découvert chez
ma psycholoque : « aimer
la main ouverte ».
- Investissement personnel à me vider de toutes mes
névroses en séance où ma psychologue
me disait « vous faites ce que vous voulez,
ici c’est comme une auberge espagnole, vous consommez
ce que vous apportez »
- Prise de conscience de la réalité des dépressifs à travers
mon site « dépression entraide »
- Constatation qu’ « il arrive très
souvent, à tour de rôle que l’on soit
bourreau et victime de soi ou d’autrui, sans même
s’en rendre compte. »
- Rejet brutal de mes principes de vie antérieure.
- Découverte de la réalité de mon moi.
- Rédaction de la phase finale de ma guérison,
dans un livre que j’écrivais au fûr
et à mesure de mes découvertes : « La
conquête de soi… par la remise en cause » ouvrage
téléchargeable gratuitement sur internet.
- Elaboration d’un viatique (nécessaire à observer
pour bien vivre). Avec notamment ces règles obligatoires :
- Rejeter toute haine et jalousie : ce sont deux poisons
de vie.
- Accepter en profondeur tout ce qu’on ne peut changer
(d’abord soi, corps et esprit)
- Se détacher de tout, car tout est provisoire
- Pratique journalière pour consolider ma guérison
d’activités physiques et de relaxation
concentrative.
Réflexions sur mon parcours de guérison :
Mon parcours erratique, à rebondissements,
est une prise de conscience sur la réalité de
la maladie dont je suis l’auteur inconscient. Cela
a été une
découverte d’erreurs sur ma représentation
de la vie humaine qui me l’a fait rejetée,
car pathologique, et l’adoption d’une autre
représentation qui non seulement m’a guéri,
mais m’a fait renaître à la vie !
Une deuxième vie, en quelque sorte, beaucoup plus
harmonieuse et qui pourrait me conduire au bonheur. Je
continue d’intégrer de nouveaux principes élaborés à partir
d’intuition personnelle ou de textes élaborés
par des auteurs (Jalenques, Reuter…) que j’intègre
dans mes convictions profondes.
Réflexions sur la guérison en général :
Comme je l’ai déjà dit : Pour
moi, la guérison (des grandes dépressions)
passe par une remise en cause totale de sa représentation
de la vie. Ceci est corroboré par des auteurs.
Mais c’est un parcours personnel où tout peut
marcher dès lors qu’on s’investit. Techniques,
méthodes ou thérapeutes ne sont que des outils.
C’est chacun son chemin et ses outils.
En dehors des médicaments qui sont
parfois salutaires, je vois à peu près la
guérison
comme ceci :
1°) on se vide de tout
2°) on constate qu’on s’est trompé
3°) on repart sur d’autres bases.
1°) On se vide de tout : (ça
se passe chez le psychologue généralement) :
on raconte tout comme ça vient, en vivant les émotions.
On peut dire aussi que la dépression est la maladie
des émotions. Quand il en vient une, on la vit la
plus intensément possible, c’est le meilleur
moyen de la faire partir. (je ne suis pas un ennemi d’autres
thérapies comportementales, rebirth, reiki ou autres,
peu importe, c’est l’investissement qui compte
plus que la méthode )
2°) On constate qu’on s’est
trompé (ça
se passe dans la tête), on découvre qu’on
est tour à tour victime ou bourreau de soi-même
et des autres, sans même s’en rendre compte.
3°) 3°) On repart sur d'autres
base, on voit juste :
Est borgne celui qui voit le verre à moitié plein
Est borgne aussi celui qui voit le verre à moitié vide
Est clairvoyant celui qui voit le plein et le vide :
Le positif comme
Le négatif de la vie !
On accepte ce sur quoi on ne peut
agir ! C’est à dire
tout ou presque !
On accepte l’amour quand il est là, on accepte
aussi quand il n’est pas là, car l’amour
est libre ! Nous avons tous des besoins affectifs énormes,
il faut l’accepter, comme il faut accepter le fait
qu’on ne peut pas toujours les assouvir.
On se détache de tout car tout est provisoire, absolument
tout.
Evidemment on rejette la haine et la jalousie qui sont des poisons mortels.
Je sais que les problèmes de communications entre les hommes sont un
obstacle permanent au bonheur et cause de grande souffrance.
Je sais que je dois aux humains « porteurs d’esprit » une
grande compassion.
Je sais que je dois m’adapter au monde et que ce n’est pas au monde
de s’adapter à moi.
Je sais que je ne suis pas en charge de l’humanité.
Je sais aussi que la guérison est
un travail qui court toujours et qui va m’amener
par étapes
successives au bonheur. Guérir n’est en
fait qu’une étape.
Exploitation de l’expérience
acquise :
J’ai acquis une grande expérience
de ces 15 ans de dépression, pour l’avoir
vécue moi-même. J’ai effectué un
parcours de guérison de plus de six mois (il continue
encore) employant des outils d’aide psychologique
et faisant in fine une remise en cause de ma vie. Je considère
que ma dépression fut à la fois un aboutissement
et un nouveau départ. J’ai côtoyé pendant
des années les dépressifs, particulièrement à DE
où dans l’anonymat d’internet les personnes
se livrent peut-être plus qu’ailleurs.
Aussi, je peux faire profiter de mon acquis
des personnes qui le demandent, mais je ne ferais pas de
forcing. Je peux le faire de façon mesurée
et bénévole, mais pas à mes frais,
s’il y en a.
Je suis libre (penseur) et indépendant.
Je ne fait l’apologie de rien.
Je vis et j'aspire au bonheur et cela me
suffit.
Patrick Paulhiac, auteur
du site Dépression
Entraide (DE).
Du même auteur : à découvrir la page méditation
et training autogène.
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