agir pour sa Santé - logo
        
Agir pour sa Santé               
 

 

Consultation

 

Annuaire

 

Agenda

 

Forum

 

Partenaires

 

Réservation

 

Contact


Plan

 

L'AGRICULTURE "BIO" PEUT NOURRIR TOUTE L'HUMANITÉ 

 

 


Chronique de Jean Vigouroux.

 

Un évènement considérable, qui n'a pas eu le retentissement mérité a eu lieu au début de mai 2007. En effet, lors de son congrès, la FAO (Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture) a déclaré officiellement que l'Agriculture biologique pourrait nourrir toute la planète ! Et que son impact sur l'environnement étant très faible, sa remise en vigueur limiterait considérablement le réchauffement climatique.

Rappelons que la FAO représente 189 États membres (plus la Communauté Européenne) qui la financent et qu'elle emploie 3.600 personnes sur toute la planète. Cette déclaration n'a donc sûrement pas été faite à la légère. Or, on nous a fait croire depuis des années que l'agriculture intensive à base de pesticides et d'engrais chimiques était indispensable pour nourrir des humains de plus en plus nombreux. Et voilà que c'était, au mieux, une erreur, au pire, un mensonge.

Pour de nombreux agronomes et responsables politiques, c'était sans doute une erreur commise de bonne foi, au regard des gros rendements obtenus à partir des années 50. Sauf qu'ils oubliaient tous quelque chose : la constante amélioration de la sélection des espèces cultivées et le développement de l'arrosage à grande échelle pouvaient sans doute l'expliquer à eux seuls. Mais il va sans dire que les gros intérêts des multinationales de l'agro-chimie s'opposaient certainement à ce que l'on y voie un peu plus clair et que leurs dirigeants s'appliquaient à ce qu'une information aussi révolutionnaire que celle enfin donnée cette année par la FAO puisse voir le jour. Le résultat de cette rétention d'information, c'est que toute l'agriculture mondiale, ou presque, a été ravagée par une diffusion démentielle de produits toxiques qui ont empoisonné les sols et les nappes phréatiques. Il faut ajouter à cela la destruction de la biodiversité, une alimentation appauvrie en sels minéraux, une érosion dramatique des bonnes terres et la libération dans l'atmosphère d'énormes quantités de gaz à effet de serre.

Qui est coupable ?

Dominique Guillet, dans un article retentissant diffusé sur Internet le 1er juin 2007, cite à ce propos le président de l'Académie des sciences déclarant : «On arrête les "gangsters", on tire sur les auteurs de "hold-up", on guillotine les assassins, on fusille les despotes - ou prétendus tels - mais qui mettra en prison les empoisonneurs publics instillant chaque jour les produits que la chimie de synthèse livre à leurs profits et à leurs imprudences ?»

Ce président nommé Roger Heim écrivait cela en...1963, dans sa préface à la traduction française de l'ouvrage de Rachel Carson Le Printemps Silencieux. Ainsi, dès cette époque, des scientifiques lucides et honnêtes savaient à quoi s'en tenir. Mais les nigauds leur répondaient sans doute : «Si c'était vrai, ça se saurait !» Dominique Guillet nous livre d'autres citations intéressantes, comme celle-ci, de l'agronome Claude Bourguignon, dont nous avons déjà parlé dans notre revue : «Par le gaz carbonique qu'elle rejette, l'agriculture intensive contribue pour un tiers au réchauffement de la planète.»

Quant à Jean-Marc Jancovici, il déclare «Si l'on tient compte de tous les gaz à effet de serre pris en compte dans les négociations internationales, et pas seulement du CO2, alors la répartition change : c'est l'agriculture qui arrive en tête ! ( avec 26 %). Cela est notamment dû aux émissions de gaz dits mineurs (CH4, N2O) qui sont respectivement dus à l'élevage bovin et à l'utilisation des engrais».

Quelques spécialistes ont calculé que la perte de 1% de matière organique dans le sol équivaut à une libération de 20 tonnes de dioxyde de carbone, ou CO2, par hectare. De sorte que la perte de matière organique survenue dans les grandes plaines des USA pourrait avoir engendré plus de CO2 que toutes les automobiles produites dans ce pays !

Le Professeur Pimentel, de l'Université de Cornell aux USA, spécialiste de l'érosion de sols, affirme que l'agriculture intensive américaine libère à elle seule chaque année 420 millions de tonnes de CO2 (sur les 6 milliards de tonnes libérées annuellement dans le pays).

L'activité biologique des sols a été détruite !

Les terres cultivées en agriculture intensive ne peuvent plus stocker le CO2, mais de plus, elles en produisent. Et Claude Bourguignon nous explique : «Sur l'ensemble de l'Europe, environ 90% de l'activité biologique des sols cultivés a été détruite par l'agriculture intensive. Je dis bien : détruites. Les zones les plus ravagées sont l'arboriculture et la vigne. Or, l'activité biologique des sols est indispensable pour l'écosystème. Le sol est une matière vivante : sur trente centimètres d'épaisseur, il concentre 80 % des êtres vivants de la planète. Les vers de terre, à eux seuls, pèsent plus lourd que tous les autres animaux du monde réunis. Mais les sols abritent aussi des bactéries, des champignons et une myriade d'organismes qui se nourrissent de la matière organique. Or en Europe, le taux de matière organique du sol est passé de 4% à 1,4% en cinquante ans... En France, 60 % des sols sont frappés d'érosion.

Actuellement, nous perdons en moyenne quarante tonnes de sol par hectare et par an.» Par exemple, en France, les cultures de betteraves perdent 100 tonnes de sol par hectare et par an. Il est exclu que cela puisse durer encore longtemps. Toujours cité par Dominique Guillet, le Professeur Pimentel estime les besoins énergétiques de l'agriculture biologique à 63% de ceux de l'agriculture chimique, soit une économie potentielle de 37 % d'énergie si l'on passait au «tout biologique».

Méthodes de culture comparées

Le Rodale Research Center de Pennsylvanie a commencé en 1981 une expérimentation comparative portant sur trois terrains cultivés : le premier en agriculture conventionnelle chimique, le second en agriculture biologique avec légumineuses et le troisième en agriculture biologique avec fumier. Les premiers résultats ont été publiés en 2003 et l'on a constaté :
- aucune augmentation de carbone stocké dans le sol du terrain en agriculture chimique;
- une augmentation de carbone stocké variant de 15 à 28 % dans les deux autres terrains, la plus grande augmentation étant obtenue avec le fumier.

Le RRC en déduit la capacité de fixer par année et par hectare 3,7 tonnes de CO2. Selon ces calculs, si toute la surface agricole des Etats-Unis, soit 200 millions d'hectares, était reconvertie à l'agriculture biologique, cela annulerait les émissions de CO2 produites chaque année par les 158 millions d'automobiles américaines. Appliqué à l'agriculture française, ce calcul n'est pas moins spectaculaire. Si nos 20 millions d'hectares de terre arable étaient reconvertis en agriculture biologique, cela permettrait de fixer environ 74 millions de tonnes de CO2, alors que l'agriculture chimique et la sylviculture en émettent actuellement 86 millions de tonnes. Soit un différentiel avantageux de 160 millions de tonnes !

Si l'on pratiquait une agriculture naturelle, les 1,2 milliard d'hectares de terres cultivables actuellement disponibles sur la planète pourraient fixer entre 6 et 10 milliards de tonnes de CO2, selon une estimation de la British Royal Society.

L'auteur australien Grame Sait estime pour sa part que «Si nous pouvions accroître de 1,6 % la matière organique sur les 8,5 % de la surface planétaire qui est cultivée, nous pourrions séquestrer sans problème les 100 ppm supplémentaires de CO2 que l'humanité a libérés dans l'atmosphère.»

Enfin n'oublions pas les deux autres gaz à effet de serre que sont le protoxyde d'azote ou N2O, qui résulte de l'épandage ainsi que de la dégradation dans les sols des engrais azotés, et le méthane, ou CH4, qui est généré par la fermentation digestive des ruminants et par les fosses à lisier. À ce propos, on entend souvent remettre en question la consommation de viande jugée excessive dans les pays occidentaux. Au niveau planétaire, elle est passée de 44 millions de tonnes en 1950 à 265 millions de tonnes en 2005, ne cessant d'augmenter.

Faut-il bouder la viande ?

S'il est évident que l'élévation du niveau de vie dans les pays développés a favorisé l'accroissement de cette consommation, il convient de souligner l'apport irremplaçable de protéines animales dans la ration alimentaire (contrairement à ce que prétendent les végétariens), et il est hors de doute que celle-ci a été essentielle dans l'augmentation de la durée de vie, jointe à la moindre pénibilité des tâches, aux meilleures conditions de travail et à l'hygiène (et nullement aux progrès illusoires de la médecine chimique). S'il est indéniable que beaucoup d'Occidentaux consomment trop de viande (ce qui engendre des problèmes de santé, notamment cardio-vasculaires), il n'en faut pas pour autant condamner l'omnivorisme équilibré, qui est la condition première d'une bonne vitalité.

Là encore, il convient de garder le sens de la mesure. Une ration de viande de 120 à 150 grammes, prise 3 à 4 fois par semaine, est un apport nécessaire en acides aminés essentiels. Et nous devons refuser toute forme de culpabilisation à laquelle prétendraient nous astreindre les apôtres du tiers-monde associés aux humanoïdes herbivores. On soutient dans certains milieux que quelques pays, notamment en Amérique latine, sont agricolement «vampirisés» pour produire la viande des Occidentaux. C'est une absurdité.

Ces peuples ne sont victimes que de l'incurie de leurs propres gouvernements, incapables de favoriser les cultures vivrières dont leurs citoyens ont besoin et incapables de juguler la surnatalité qui les étouffe, sans parler de la corruption généralisée qui annihile toutes les velléités de réforme.

En tout cas, nous devons nous réjouir que la FAO ait enfin pris position en faveur de l'agriculture biologique à l'échelle planétaire, même si elle l'a fait avec un demi-siècle de retard. Cela confirme que les prises de conscience se développent et que le modèle agricole intensif ne sera bientôt plus soutenable. Et cela prouve combien avaient raison Pierre-Yves Le Mazou et Daniel Mallerin en écrivant leur livre Objectif 2007, l'élection de la dernière chance (Editions H-50), dont Pierre Lance rendait compte dans notre N°175, et dans lequel, s'adressant à tous les présidentiables, ils prônaient une agriculture biologique à 100 %.

Depuis, nous avons un nouveau Président de la République et un nouveau gouvernement. Nicolas Sarkozy aime à se placer sous le signe de la «rupture». Eh bien, quelle belle rupture ce serait que de voir notre agriculture tourner le dos aux nitrates et aux pesticides et respecter enfin la nature nourricière.

Puisqu'un ministre d'Etat, appélé «N°2 du gouvernement» a été nommé pour l'écologie et l'environnement, il convient qu'il mette sans tarder cette «rupture» à son programme, en liaison avec la ministre de l'Agriculture. Et puisque le corps électoral a signifié son congé à M. Alain Juppé (qui, à vrai dire, n'était guère crédible à ce poste) et qu'il a été remplacé par M. Jean-Louis Borloo, plus motivé, semble-t-il, en ce domaine, espérons que nous allons voir l'agriculture française prendre un virage spectaculaire.

C'est dire si la déclaration de la FAO vient à point nommé pour encourager notre gouvernement dans cette voie et accentuer la pression de l'opinion publique, qui, rappelons-le, est à hauteur de 83 % favorable à l'agriculture biologique.

Jean VIGOUROUX

Extraits du N° 179 (juillet-août 2007) de L'ERE NOUVELLE
Revue bimestrielle - Abonnement annuel 29 euros à L'ERE NOUVELLE, BP 171, 06407 CANNES cedex. (specimen contre 3 timbres)
Directeur et rédacteur en chef : Pierre LANCE
Site Internet : http://assoc.wanadoo.fr/lerenouvelle/pub

 

Pour découvrir nos autres chroniques...

 

 

 

L'AGRICULTURE "BIO" PEUT NOURRIR TOUTE L'HUMANITÉ ?
LA MÉDECINE ACTUELLE A-T-ELLE UN FUTUR ?

 

 

L'AGRICULTURE "BIO" PEUT NOURRIR TOUTE L'HUMANITÉ 

 

 Recherches

 

 

 Psychologie

 de la santé

 

 Rire

 

 Thérapies

 

 Thérapies

 et

 dépression

 

 Pétition

 

 Exercice

 physique

 

 Alimentation

 

 Divers